À l’occasion de la dernière réunion du Syndicat des Maîtres Tonneliersde Bourgogne et régions ass
ociées, la Fédération a proposé à Sylvain Naulin, Directeur général du Comité des vins de Bourgogne (BIVB) de partager son analyse de la situation actuelle de la filière viticole. Il confirme à La Colombe des Tonneliers que les vins de la région demeurent relativement épargnés par la crise.
Un Corton-Charlemagne vient d’être élu meilleur vin blanc du monde 2026, une bonne nouvelle pour la Bourgogne. Comment se portent son vignoble et ses marchés ?
La Bourgogne ne représente que 0,5% du vignoble mondial. Avec ses 32 000 hectares de vignes en production (4,3% du vignoble français d’AOC), ses cinq régions et ses 84 appellations, elle continue de bénéficier d’une réputation sans égale. Alors que les marchés des vins sont en tension en France et dans le monde, on peut dire qu’elle résiste. Si la France demeure son premier marché, la moitié des vins bourguignons sont exportés, 15% vers l’Union européenne et 35% hors Europe. Sur les 12 derniers mois, les ventes ont légèrement diminué de 1,2% ; un niveau qui, dans l’ensemble, se stabilise. On constate toutefois une érosion en valeur en raison d’un repositionnement des prix et d’un glissement des ventes vers les appellations les plus accessibles. Les rouges en revanche connaissent une baisse de 5% mais il s’agit d’une tendance générale.
Malgré la déconsommation et la crise viticole, les vins de Bourgogne tirent donc leur épingle du jeu. Comment l’expliquez-vous ?
Tout simplement parce que nous répondons aux tendances du marché. Nous sommes majoritairement une région de vins blancs et d’effervescents, lesquels souffrent peu, ou moins, d’une désaffection des consommateurs. Les blancs représentent 61% de notre production et notre Crémant est en constante augmentation depuis 30 ans. La crise touche essentiellement les rouges d’entrée de gamme et nos vins n’entrent pas dans cette catégorie. Cela ne signifie pas que tout est gagné d’avance ; nous devons travailler nos marchés. Pour autant notre problématique majeure est d’être en capacité de produire et d’alimenter la demande. La vendange 2026, par exemple, très précoce, est petite. Nous l’estimons à un tiers de moins qu’une vendange moyenne. Une baisse qui n’est pas conséquence quand il s’agit de couvrir les coûts de production qui, eux, sont en hausse.
Comme tous les vignobles, la Bourgogne fait face à des enjeux climatiques. Comment appréhendez-vous cet impact ?
En effet, les gels de printemps se font plus fréquents, les accidents climatiques se multiplient et le cycle végétatif est bouleversé. Les enjeux phytosanitaires s’en trouvent modifiés et le profil des vins change. C’est pourquoi une soixantaine de programmes de recherche et développement sont en cours, pour travailler à l’adaptation du vignoble, notamment dans le champ du matériel général, pour explorer d’autres variétés dans la région. La stratégie est d’identifier les déterminismes de la productivité et de la qualité de nos vins en vue d’adapter les pratiques, et de mettre à disposition des vignerons régionaux des outils ou indicateurs pour garder la maîtrise de la production et de la qualité, en dépit d’un contexte d’évolution.
Concernant l’élevage sous bois, notez-vous également des évolutions ?
L’élevage en fût reste évidemment plébiscité. Mais la dynamique du volume de production conditionne les besoins. Il semblerait toutefois que nos domaines viticoles conservent désormais leurs fûts plus longtemps, sur 4 à 5 ans, et non plus sur 2 à 3 ans. Davantage pour limiter la hausse des coûts de production que pour des raisons d’ordre œnologique.