Fédération des Tonneliers de France
Fédération des Tonneliers de France
Fédération des Tonneliers de France
Fédération des Tonneliers de France

Hugo Rat-Ferel, Formateur Tonnelier chez les Compagnons du Devoir et du Tour de France

Originaire de Champagne et petit-fils de vignerons, Hugo Rat-Ferel a découvert l’univers de la tonnellerie voilà quelques années à l’occasion d’une Journée portes ouvertes au CFA de Beaune. Il est aujourd’hui  Formateur Tonnelier chez les Compagnons du Devoir et du Tour de France et Chargé de mission Tonnellerie pour le développement de la formation auprès de l’Institut européen de la menuiserie et de l’ébénisterie. Une double fonction qui lui permet de porter le savoir-faire des tonneliers au plus haut.

Depuis des siècles, les Compagnons du Devoir et du Tour de France incarnent, avec un certain mystère, l’excellence du geste. Pouvez-vous nous parler du compagnonnage et de « l’esprit compagnon » ?

Les Compagnons du Devoir proposent une méthode de formation où le maître transmet à l’élève son savoir au fil des chantiers. Si la légende prétend que le compagnonnage remonterait à la construction du temple du Roi Salomon, les premières traces écrites nous viennent des XIVe et XVe siècles.

Il existe en France trois grands mouvements compagnonniques : l’Association ouvrière des Compagnons du Devoir et du Tour de France, la Fédération Compagnonnique, qui a aussi ses propres centres de formation plutôt dédiés aux métiers du bâtiment, et enfin l’Union compagnonnique, qui confie la formation à d’autres structures et s‘ouvre notamment aux métiers de bouche.

L’Association ouvrière des Compagnons du Devoir et du Tour de France (AOCDTF), dont dépend le CFA de Beaune, est une association de loi 1901, reconnue d’utilité publique. Elle réunit des hommes et des femmes de métier mobilisés autour d’un même idéal : permettre à chacun et à chacune de s’accomplir dans et par son métier, dans un esprit d’ouverture et de partage. En tant qu’organisme de formation professionnelle, elle vise à transmettre aussi bien des savoirs et des savoir-faire – par l’apprentissage d’un métier – que des savoir-être – par le partage de valeurs telles que la solidarité, la fraternité et la générosité. Au-delà de la formation, le compagnonnage est une expérience professionnelle, humaine et culturelle, vecteur de découverte, d’éducation, et facteur d’insertion professionnelle et sociale. Depuis 2010, le compagnonnage est inscrit au registre du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.

 

Quel est le parcours initiatique d’un Compagnon ?

Le parcours commence par la formation initiale, souvent un CAP. Une fois diplômé, on demande au stagiaire de se mettre en chantier pour partir en Tour de France, et il doit réaliser une pièce, définie par les Compagnons (maquette, étude technique…) pour évaluer sa motivation. Lors d’une cérémonie initiatique appelée « l’adoption », commune à tous les métiers, le jeune devient « aspirant » et se voit expliquer les valeurs du compagnonnage. Il reçoit une canne,  un bâton de marche, qui sera son soutien dans l’épreuve, et un ruban de couleur sur lequel figurent des symboles : le compas et la doloire pour la tonnellerie, le labyrinthe qui évoque le chemin à parcourir et la tour de Babel pour l’universalité.

L’étape suivante est propre à chaque métier qui la régit. L’aspirant se met en route et part là où on l’embauche. Il va être accueilli dans une Maison des Compagnons (il y en a 260 en France), où il habitera en communauté. En plus de ses activités en entreprise, il devra chaque soir consacrer deux heures à étudier la théorie du métier et des matières générales (français, anglais, mathématiques…). Le samedi, il devra également réaliser des pièces d’atelier. Traditionnellement les Compagnons tonneliers bougent tous les ans, fin août, tandis que dans le cas des autres métiers on bouge deux fois par an. On doit également passer une année à l’étranger.

Lorsque les Compagnons le jugent apte, l’aspirant devient Compagnon à son tour, après la réalisation d’une pièce technique. Vient alors l’étape du Devoir. Il s’agit de se mettre au service des plus jeunes, par l’accompagnement. On devient formateur, on transmet son savoir à la génération d‘après, de manière à ce que le savoir circule sans cesse en s’enrichissant des expériences des uns et des autres. Ainsi et pour une durée qui peut aller de 2 à 4 ans, on peut devenir entre autres « formateur métier » ou « prévôt », c’est-à-dire dirigeant d‘une maison. Et enfin on pourra être Compagnon sédentaire, s’installer où l’on voudra, en faisant en sorte de continuer à assurer des formations, à transmettre les gestes et le savoir.

 

La tonnellerie compte parmi les 35 métiers enseignés par les Compagnons du Devoir et du Tour de France. Quelles en sont les particularités ?

Historiquement il y avait un CFA au Lycée viticole de Beaune. Mais il était arrivé à bout de souffle, de moins en moins de jeunes s’y formaient, et il devenait difficile de trouver des formateurs. Les tonneliers de la région se sont tournés vers les Compagnons au début des années 2010 pour qu’ils prennent le relais, tout en conservant les locaux et le matériel.

Certains jeunes se forment au CAP chez les Compagnons de Beaune mais ne font pas le Tour de France. Aujourd’hui un sur 10 est reçu Compagnon. Mais il est aussi tout à fait possible de préparer son CAP à Cognac ou à Bordeaux-Blanquefort puis de rejoindre les Compagnons pour faire son Tour de France.

 

Vous allez expérimenter une 3e puis une 4e année de formation. Pourquoi cette initiative ?

L’idée nous est venue à l’occasion de la refonte du référentiel du CAP Tonnellerie entré en application en septembre dernier. Entre Compagnons tonneliers nous convenons que deux années ne sont pas suffisantes pour apprendre le métier. Nombreux sont les gestes et connaissances à acquérir. Ces 3e et 4e années que nous expérimenterons à compter de la rentrée 2026 visent à consolider les connaissances sur la matière bois, en faisant faire des merrains notamment, à maîtriser le cintrage et le façonnage, à bien connaître les machines à bois, traditionnelles et numériques, mais aussi les échanges organoleptiques entre le bois et les vins et spiritueux. Enfin il nous semble nécessaire de former à la gestion de production ou de projet avec des outils numériques. Ces formations qui vont s’étaler sur 5 semaines par an, en complément des cours du soir et du samedi, vont permettre de donner plus de sens au Tour de France, de compléter ce qui est découvert en entreprise. Elles ne seront pas sanctionnées par un diplôme mais par une validation des acquis. D’ailleurs nous comptons nous appuyer sur d’autres formations aux métiers des Compagnons, ceux de la menuiserie, de l’ébénisterie ou des machines numériques.

ArticlePrécédent

La publication de cette photo ne peut se faire sans notre accord.
Merci de formuler une demande auprès de cette adresse :
presse@tonneliersdefrance.fr
Annuler